Le SpiriTango Quartet
élargit les horizons du tango

Ils sont quatre – violon, piano, accordéon, contrebasse – et revisitent avec originalité le tango sans jamais en dénaturer l’esprit, dans ses sources originales comme dans des partitions plus contemporaines. Trois disques témoignent des relectures inventives et virtuoses du SpiriTango Quartet, qui jouera au Bal Blomet le 21 septembre prochain et prépare déjà, à l’horizon 2021, le centenaire de la naissance de Piazzolla.

L’ART DE LA TRANSGRESSION

La transgression ne leur fait pas peur, les quatre complices du SpiriTango Quartet l’affichent même ostensiblement dans leur dernier album, paru fin 2018 (TrANsGressiOns) : si le tango est le répertoire qui les a réunis il y a sept ans, ils assument d’en élargir les codes, d’en réincarner les standards, remplaçant l’emblématique bandonéon par son frère jumeau l’accordéon, sollicitant des compositeurs d’aujourd’hui, s’adjoignant le marimba de Vassilena Serafimova… « Nous avons cette démarche d’aller au-delà, explique l’accordéoniste du quatuor, d’opérer une subtile métamorphose du tango des origines sans pour autant le trahir. Nous allons plus loin, ainsi, dans l’affirmation de notre identité singulière. » Le SpiriTango a déjà commandé des arrangements de musiques de film – Bernard Herrmann, Astor Piazzolla… – pour son prochain projet discographique.

Le SpiriTango est déjà atypique lorsque, tout juste né du hasard des rencontres entre Fanny Stefanelli (violon), Fanny Azzuro (piano), Thomas Chedal (accordéon) et Benoît Levesque (contrebasse) au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, il intègre le cursus de musique de chambre – premier quartet de tango accueilli dans la classe – aux côtés des plus classiques quatuors à cordes. Il apprendra beaucoup du violoniste Ami Flammer, du clarinettiste Jean-Noël Crocq et du pianiste de jazz Hervé Sellin, dont l’enseignement est très ouvert.

L’ÉQUILIBRE DES TIMBRES

Son master de musique de chambre obtenu en 2014 avec les plus hautes distinctions, le quartet peaufine sa formation auprès de Richard Galliano à l’Académie de Villecroze.

« C’est un souvenir extraordinaire. Il est celui qui a su associer l’accordéon à tous les autres instruments et porte un regard très exigeant sur l’équilibre, ce qui est primordial, surtout dans notre groupe. »  

s’enthousiasme Thomas Chedal en admirateur de toujours.

Une master class avec le Quatuor Ébène confirmera cette importance du dosage des timbres, même si le SpiriTango se sent plus frère d’un quartet de jazz que d’un quatuor classique.

L’OUVERTURE DU RÉPERTOIRE

Sa démarche envers le répertoire s’affirme rapidement dans la réinvention mais aussi dans la création.

« Le tango reste au centre de nos sollicitations, précise Thomas Chedal. Ce qui est intéressant, c’est que l’on ressent, dans ces tangos d’aujourd’hui, les influences diverses qui marquent chaque compositeur. »

Matthieu Stefanelli ou Alexandre Fontaines composent pour le quartet, Olivier Calmel lui prépare une œuvre pour 2020, Graciane Finzi et Frédéric Devreese lui ouvrent leur catalogue pour divers arrangements. Les membres de SpiriTango ne se privent pas de réaliser aussi eux-mêmes leurs propres versions, en autodidactes et à huit mains, de manière très récréative. La discussion est constante, nourrie des propositions de chacun. Ils travaillent à partir de trames toujours très écrites, avec des sections plus libres offertes à l’ornementation et à l’improvisation.

Le SpiriTango propose ainsi plusieurs programmes en concert, celui des disques TrANsGressiOns et Chin Chin ainsi qu’un programme commémorant les trente ans du dernier album écrit par Piazzolla, autour de la suite Camorra. Ce programme Camorra Forever sera donné le 21 septembre 2019 au Bal Blomet. En attendant le centenaire de la naissance de Piazzolla en 2021, sur lequel le SpiriTango Quartet œuvre déjà avec passion, on les retrouvera cet été dans des festivals comme le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, le 1er août 2019, au Château-Bas de Mimet.