Philosophie

Dès le départ, le but fut de défendre passionnément le répertoire du Tango Nuevo (et dans les premiers temps plus spécifiquement celui d’Astor Piazzolla). Très vite, au fil des répétitions et des concerts, l’osmose de l’énergie intrinsèque à cette musique et de l’exigence issue de la formation de chacun a amené à l’évidence : le SpiriTango Quartet est avant tout une formation de chambre ayant pour idéal de porter les œuvres des compositeurs à leur plus haut degré de finition technique, de manière individuelle et collective, tout en respectant avec la plus grande fidélité possible les intentions et traditions musicales de départ. Il ne s’agit donc pas d’une démarche visant à « classiser » le Tango, mais d’appliquer un perfectionnisme de collectif chambriste (justesse, ensemble, nuances, plans sonores, recherche de couleurs et de timbres) à un style particulier tout en respectant ses spécificités de rythme (chaque pièce ayant son propre « groove »), d’effets, de percussions et d’ornementation, voire d’improvisation pouvant exister dans les versions originales.


D’où le parti-pris d’opérer ce travail en acoustique (ce qui impliquait de supprimer la guitare amplifiée), avec accordéon et contrebasse 5 cordes, un chemin différent des formations traditionnelles. Sans occulter certains inconvénients (principalement la perte du timbre et de l’attaque du bandonéon), les avantages de ces choix semblent plus nombreux et intéressants pour un travail d’exploration et de création : multiplicité des jeux de l’accordéon, écriture polyphonique plus développée, étendue d’une quarte dans le grave pour la contrebasse amenant profondeur, doublure quasi intégrale de la première octave du piano et couleurs sombres. Les instruments déjà présents dans la formation traditionnelle, violon et piano, sont exploités avec des possibilités nouvelles en interaction avec les autres : les caisses de résonance servent de percussions (en complément, le violon est parfois remplacé par un güiro, ou un shaker), les cordes vont chercher des sonorités sul ponticello pour créer des timbres métalliques se mariant avec les techniques de piano dites « dans les cordes » que ce soit étouffées ou pincées, ou encore des clusters d’une grande amplitude dynamique (de piano à fortississimo)… La musique contemporaine nourrit ces nouveaux alliages, tout comme le grand Astor en son temps avait été influencé par les sonorités nouvelles et les harmonies de Strawinsky et Bartók. Si l’écoute d’enregistrements fait bien sûr partie de l’étude du répertoire, la copie systématique d’interprétations, en soi parfaites dans l’intention puisque souvent effectuées par les compositeurs eux-mêmes, n’a jamais fait partie du jeu : comme le soulignait Gideon Kremer à propos de Piazzolla : «Il est impossible de faire mieux que lui. Ses interprétations ne sont jamais vulgaires, c’est toujours sur le fil du rasoir. Mais ce n’est pas une raison pour s’interdire de le jouer. Il faut le faire avec sincérité. ». Cette dernière est au cœur du processus, toute prise de décision musicale se fait au ressenti collectif, plutôt qu’à l’application du texte au premier degré, certaines partitions étant de toute manière d’une fiabilité très relative, d’autre part « tout n’est pas écrit » et une forme de liberté est toujours là, poussant parfois à chercher d’autres effets ou certaines notes plus expressives dans les ornements.


Concernant la volonté de créer de la musique nouvelle, bien que les œuvres existantes et/ou arrangeables soient très nombreuses, il était tout à fait primordial de développer le répertoire, en particulier français, pour cette formation. Il existait une grande quantité de tangos dansés dit « de salon européen» depuis les années 1950, et plutôt rattachés au style « musette », mais il semblait y avoir bien peu d’opus destinés au concert, il était donc urgent de continuer à créer de nouveaux univers. De nombreux compositeurs et compositrices ont donc été sollicité pour des commandes ou des arrangements, parfois de la réduction d’orchestre, tout en respectant leur liberté de créateurs par rapport à ce que leur inspire le Tango, sans limitation de forme. Bien que beaucoup soient de formation classique, tous ont les oreilles ouvertes sur le répertoire contemporain, la musique actuelle, et chacune de leur pièce a une identité forte, créant un catalogue d’une diversité unique.


Toujours tournés vers l’avenir, les idées fourmillent et le temps reste toujours l’unique facteur limitatif, à relativement brève échéance la prochaine étape est de développer la performance de concert sans partitions, procédé encore peu utilisé en musique de chambre mais porteur d’une dynamique musicale et scénique tout à fait